Généalogie d’une famille italienne, l’exemple de Michel(e) Fragasso

À rayons ouvertsDresser sa généalogie n’est pas aussi simple en Italie qu’au Québec.

L’Italie a vécu des guerres ; certaines parties du pays ont été sous la domination de puissances étrangères, d’autres étaient de petits États indépendants. À cela s’ajoutent les «États de l’Église », qui étaient sous l’autorité du Vatican. L’uniformisation des archives n’a été possible qu’en 1870, au moment de l’unification du pays1.

En Italie, chaque ville doit conserver des archives d’état civil. Toutefois, les administrations municipales ne sont pas tenues de permettre l’accès aux archives. Par contre, certaines archives provinciales sont accessibles aux chercheurs. On trouve en tout 95 dépôts d’archives dans les capitales provinciales2.

Comment dresser sa généalogie italienne

Évidemment, la tradition familiale est un riche filon pour dresser l’histoire de sa famille. Elle permet de connaître le village d’origine de ses ancêtres. Plus de 83 % des immigrants italiens sont venus de villages et non de villes.

Il faut savoir que l’Italie est divisée en 20 régions qui elles-mêmes sont divisées en 103 provinces. Ainsi, mon grand-père Michel(e) Fragasso est né le 25 novembre 1888 dans la commune de Cerignola, province de Foggia, région des Pouilles, dans le sud du pays.

Consulter des membres de sa famille restés en Italie peut s’avérer profitable pour le chercheur en généalogie italienne, puisque ces parents ont accès à des documents, à des renseignements obtenus de leur entourage et à des bibliothèques que nous n’avons pas ici. Dans mon cas, mes cousins et cousines paternels m’ont permis d’approfondir mes recherches et de découvrir des histoires dont je n’avais jamais entendu parler étant donné que mon grand-père est décédé quand j’avais deux ans.

Pour aller plus loin, j’ai ensuite eu recours à des généalogistes professionnels de Salt Lake City, dans l’Utah, qui ont accès à la Family History Library, où se trouvent des copies sur microfilms d’une bonne partie des archives provinciales d’Italie. Compte tenu des résultats positifs de cette démarche, j’ai décidé de poursuivre ma recherche généalogique en me rendant à Salt Lake City. Je suis allé consulter les microfilms des paroisses italiennes de la province de Foggia et de la paroisse San Francesco, ce qui m’a permis de remonter jusqu’à la fin du XVIIe siècle. L’entrée est libre pour le grand public à la Family History Library, qui appartient à l’Église de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours.

De retour au Québec, j’ai fait venir des bobines de microfilms au chapitre local (Québec et Montréal) de l’Église. Il faut noter qu’il y a des frais de transport pour chacun des microfilms et que seul un nombre limité de rouleaux peut être envoyé par commande.

Le défi généalogique québécois italien

La troisième langue maternelle en importance à Montréal, après le français et l’anglais, est l’italien3. La communauté italienne s’est intégrée au tissu social local. Il suffit de regarder les expériences communes des Italiens et des Québécois telles que familles nombreuses, pratique religieuse fervente et exode (comme nous l’avons vécu en Nouvelle-Angleterre) pour se convaincre qu’il existe bel et bien des similitudes entre ces deux peuples.

La fraternité entre les deux communautés ne date pas d’hier. À la conquête des Plaines d’Abraham en 1759, le numéro deux militaire français, immédiatement sous les ordres de Montcalm4, s’appelait Carlo Burlamacchi5. Il est plus connu sous le nom de… Charles de Bourlamaque. Plus récemment, les nostalgiques des glorieuses années des Canadiens de Montréal se souviendront peut-être des Cesare Maniago, Lou Fontinato, Phil Roberto, Sergio Momesso et Tony Esposito.

À ce jour, les Italiens sont le plus important groupe d’immigrants au Québec après les Français et les Britanniques. Plus de 62 000 personnes vivant au Québec sont nées en Italie, selon le recensement de 2006. Plus de 180 000 personnes connaissent l’italien.

Une étude plus poussée de la généalogie italienne au Québec pourrait sceller le mariage de ces deux communautés et en faire un secteur de développement, alors qu’elle n’est maintenant pratiquée que par une poignée d’individus.

Références
1 John Philip Colletta, Finding Italian roots, Genealogical Publishing Co., Baltimore, 1993, p. 60.
2 Ibid., p. 53.
3 Gouvernement du Québec, Portail Québec : Démographie.
4 Jean Cournoyer, La mémoire du Québec de 1534 à nos jours, Bourlamaque, François-Charles de, Montréal, Stanké, 2001.
5 Paul R. Magocsi, Encyclopedia of Canada’s people, Toronto, University of Toronto, 1999, p. 789.
Article publié à l’origine dans la revue À rayons ouverts.  

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